LÂCHER PRISE : POURQUOI EST-CE SI DIFFICILE ET COMMENT LA KINESIOLOGIE PEUT-ELLE NOUS ACCOMPAGNER ?

« Il faut que tu lâches prise. » - Cette phrase, nous l’avons probablement tous entendue un jour.
Lorsque nous sommes préoccupés, que nous réfléchissons sans cesse à une situation ou que nous essayons de tout anticiper, notre entourage peut nous conseiller de simplement arrêter d’y penser, de prendre du recul ou de laisser les choses suivre leur cours. Sur le papier, cela semble relativement simple. Dans la réalité, beaucoup moins. Parce que si nous pouvions décider de lâcher prise simplement en nous disant « maintenant, j’arrête de m’inquiéter », nous le ferions probablement beaucoup plus souvent. Notre besoin de contrôler, d’anticiper ou de comprendre n’apparaît généralement pas sans raison. Il peut nous donner une impression de sécurité, nous aider à nous préparer et parfois nous protéger face à l’incertitude.
Le lâcher-prise ne consiste donc pas à devenir indifférent, à abandonner ses responsabilités ou à accepter passivement tout ce qui nous arrive.
Il s’agit davantage d’apprendre à distinguer ce sur quoi nous pouvons réellement agir de ce qui échappe à notre contrôle, et à ne plus consacrer toute notre énergie à essayer de maîtriser l’immaîtrisable.
Qu’est-ce que réellement le lâcher-prise ?
Le lâcher-prise est une expression très utilisée dans le domaine du bien-être, mais sa signification reste parfois assez floue. Nous pourrions le définir comme la capacité à accepter qu’une partie d’une situation ne dépend pas de nous, tout en continuant à agir sur ce qui se trouve réellement à notre portée.
Prenons un exemple très simple : Vous devez passer un entretien professionnel. Vous pouvez préparer votre présentation, vous renseigner sur l’entreprise, choisir votre tenue, anticiper certaines questions et arriver à l’heure. Tous ces éléments dépendent, au moins en partie, de vous.
En revanche, vous ne pouvez pas contrôler exactement ce que le recruteur pensera, les autres candidats, toutes les questions qui seront posées ni la décision finale.
Le lâcher-prise ne consiste pas à arriver sans préparation en se disant : « Peu importe, on verra bien. » Il consiste plutôt à pouvoir penser : « J’ai fait ce qui dépendait de moi. Maintenant, je ne peux pas tout maîtriser. »
Cette nuance est essentielle.
Pourquoi avons-nous autant besoin de contrôler ?
Le contrôle peut nous apporter une sensation de sécurité. Lorsque nous savons ce qui va se passer, notre cerveau peut plus facilement anticiper et préparer une réponse adaptée. À l’inverse, l’incertitude laisse plusieurs possibilités ouvertes, dont certaines peuvent être perçues comme menaçantes.
Nous cherchons alors parfois à réduire cette incertitude : Nous planifions ; nous vérifions ; nous anticipons ; nous imaginons plusieurs scénarios ; nous cherchons des réponses. Ces comportements ne sont pas problématiques en eux-mêmes. Ils peuvent même être extrêmement utiles.
La difficulté apparaît lorsque nous essayons de contrôler des éléments qui ne peuvent pas réellement l’être ou lorsque notre besoin de maîtrise devient tellement important qu’il génère davantage de stress qu’il ne nous apporte de sécurité.
Une question peut alors être particulièrement intéressante : « Est-ce que ce que je fais actuellement me permet réellement d’agir… ou est-ce que j’essaie surtout de diminuer mon inquiétude ? »
Le cerveau aime savoir ce qui va se passer
Notre cerveau fonctionne en permanence avec des prédictions. À partir de nos expériences passées et des informations disponibles, il anticipe ce qui pourrait se produire afin de nous permettre de nous adapter.
L’incertitude peut donc être inconfortable.
Lorsque nous ne savons pas ce qui va arriver, notre cerveau doit envisager plusieurs possibilités. Chez certaines personnes, cette incertitude peut provoquer davantage de vigilance :
« Et si ça se passe mal ? »
« Et si j’ai oublié quelque chose ? »
« Et si je prends la mauvaise décision ? »
Nous retrouvons ici certains mécanismes abordés dans l’article consacré à l’anxiété : l’esprit tente d’anticiper une situation future afin de se préparer. Le problème est qu’il n’existe parfois aucune réponse définitive. Nous pouvons réfléchir pendant des heures sans obtenir la certitude que nous recherchons. Et plus nous cherchons à atteindre cette certitude impossible, plus notre esprit reste mobilisé.
Quand anticiper devient épuisant
Imaginez que vous ayez une décision importante à prendre : Vous analysez une première fois la situation. Puis une deuxième. Vous faites une liste des avantages et des inconvénients. Vous demandez conseil. Vous réfléchissez encore. À un moment donné, vous disposez probablement de suffisamment d’informations pour faire un choix.
Pourtant, votre cerveau continue : « Oui, mais si… » Alors vous recommencez l’analyse.
Ce fonctionnement peut donner l’impression d’être productif puisque nous sommes activement en train de chercher une solution. Mais parfois, nous ne sommes plus réellement en train de résoudre un problème. Nous tournons autour d’une incertitude que nous aimerions faire disparaître. C’est là que le besoin de contrôle peut rejoindre la surcharge mentale. Le cerveau reste constamment occupé par quelque chose qui n’a peut-être tout simplement pas de réponse parfaite.
Lâcher prise ne veut pas dire renoncer
C’est probablement l’une des confusions les plus fréquentes.
Lâcher prise ne signifie pas : « Je m’en fiche. »
Ce n’est pas non plus : « Je ne fais plus rien. »
Et encore moins : « Je dois accepter tout ce qui m’arrive. »
Nous pouvons lâcher prise sur le comportement d’une autre personne tout en décidant de poser une limite. Nous pouvons accepter qu’une situation ne se soit pas déroulée comme prévu tout en cherchant une nouvelle solution. Nous pouvons reconnaître que nous ne contrôlons pas le résultat d’un projet tout en continuant à nous investir pleinement.
Le lâcher-prise concerne donc moins l’action que notre relation avec ce que nous ne pouvons pas maîtriser. Il existe une différence importante entre : « Je ne peux rien faire. » et : « Je ne peux pas tout contrôler. »
Le perfectionnisme et la difficulté à lâcher prise
Le perfectionnisme peut également entretenir un besoin important de contrôle.
Lorsqu’une personne pense : « Je dois absolument éviter les erreurs » elle peut chercher à tout anticiper. Vérifier plusieurs fois. Préparer chaque détail. Imaginer toutes les difficultés possibles.
Cette stratégie peut donner de très bons résultats dans certaines situations. Mais elle peut aussi devenir particulièrement fatigante lorsqu’il n’existe jamais de moment où la personne considère que ce qu’elle a fait est suffisant.
Derrière cette exigence peuvent parfois se trouver certaines croyances :
« Je dois être parfaite pour être compétente. »
« Si quelque chose se passe mal, ce sera forcément de ma faute. »
« Je dois pouvoir tout gérer. »
Nous retrouvons ici le lien avec les articles consacrés aux croyances limitantes et à la confiance en soi.
Parfois, apprendre à lâcher prise implique aussi d’apprendre à tolérer l’idée que nous pouvons faire de notre mieux sans pouvoir garantir le résultat.
Pourquoi certaines personnes ont-elles plus de mal à lâcher prise ?
Nous ne sommes pas tous égaux face à l’incertitude. Notre tempérament, notre histoire, notre environnement et nos expériences peuvent influencer notre besoin de contrôle. Une personne ayant vécu plusieurs situations imprévisibles peut, par exemple, trouver particulièrement rassurant de planifier et d’anticiper. Une autre peut avoir appris qu’elle devait toujours être responsable de tout. Une autre encore peut craindre énormément l’erreur ou le jugement. Le besoin de contrôle n’est donc pas nécessairement un défaut. Il peut parfois être compris comme une stratégie d’adaptation qui a permis à la personne de se sentir plus en sécurité ou plus préparée.
La question n’est pas de savoir : « Pourquoi suis-je incapable de lâcher prise ? » Mais plutôt : « Qu’est-ce que le contrôle m’apporte aujourd’hui, et est-ce que j’en ai toujours besoin de la même manière ? ». Cette manière de poser la question change déjà beaucoup de choses.
Le rôle des émotions dans le lâcher-prise
Derrière notre difficulté à lâcher prise se trouve souvent une émotion.
La peur que quelque chose se passe mal.
La culpabilité de ne pas avoir tout fait.
La colère parce qu’une situation ne correspond pas à nos attentes.
La tristesse face à quelque chose que nous ne pouvons plus changer.
Ou simplement l’inconfort lié au fait de ne pas savoir.
C’est pourquoi lâcher prise ne consiste pas uniquement à modifier une pensée. Il peut également s’agir d’apprendre à tolérer l’émotion qui apparaît lorsque nous cessons d’essayer de contrôler la situation. Si je vérifie dix fois que j’ai bien envoyé un document, arrêter de vérifier signifie peut-être accepter quelques minutes d’incertitude. Si j’essaie constamment de savoir ce que quelqu’un pense de moi, lâcher prise signifie peut-être accepter que je ne pourrai jamais contrôler complètement son regard.
Et cela peut être inconfortable.
Le lâcher-prise n’est donc pas toujours une sensation immédiate de sérénité. Il peut commencer par la capacité à rester quelques instants avec l’incertitude sans chercher immédiatement à la faire disparaître.
Peut-on apprendre à lâcher prise ?
Oui, mais probablement pas en se donnant l’ordre de le faire. Une première étape peut consister à identifier ce qui appartient réellement à notre zone d’action. Face à une situation qui nous préoccupe, nous pouvons nous demander :
Qu’est-ce qui dépend de moi ?
Qu’est-ce qui dépend partiellement de moi ?
Qu’est-ce qui ne dépend pas de moi ?
Puis concentrer notre énergie sur la première catégorie.
Il peut également être utile d’observer les moments où notre réflexion cesse d’apporter de nouvelles solutions et commence simplement à tourner en boucle.
Prendre du recul, ralentir sa respiration, bouger, écrire ses pensées ou revenir à ce qui se passe dans le moment présent peuvent parfois permettre de sortir temporairement de cette boucle mentale. Mais lâcher prise est rarement un événement unique. C’est davantage un apprentissage. Celui de constater progressivement : « Je peux ne pas tout contrôler et malgré tout faire face à ce qui arrivera. »
Lâcher prise, est-ce accepter ?
Il existe un lien important entre le lâcher-prise et l’acceptation. Mais accepter ne signifie pas approuver. Nous pouvons accepter qu’une situation existe sans considérer qu’elle est juste ou agréable. Nous pouvons accepter qu’une personne ait fait un choix qui nous blesse sans être d’accord avec elle. Nous pouvons accepter qu’un événement passé ne puisse plus être modifié tout en reconnaissant les émotions qu’il provoque encore aujourd’hui.
L’acceptation consiste parfois simplement à cesser de lutter contre le fait que la réalité actuelle est déjà là.
À partir de là, une nouvelle question devient possible : « Maintenant que cette situation existe, qu’est-ce que je peux faire pour prendre soin de moi et avancer ? »
Comment la kinésiologie peut-elle accompagner ce travail ?
La difficulté à lâcher prise peut être abordée en kinésiologie lorsqu’elle est associée à une situation qui génère du stress, des émotions importantes ou une sensation de blocage.
Une personne peut arriver en séance en disant : « Je voudrais réussir à lâcher prise. » Mais cette formulation reste très large. Nous allons donc chercher à comprendre ce que cela signifie concrètement pour elle. Est-ce arrêter de penser constamment à une situation ? Accepter de ne pas savoir ? Ne plus vouloir tout organiser ? Arrêter de culpabiliser lorsqu’elle délègue ? Pouvoir prendre une décision sans la remettre en question pendant plusieurs jours ? Accepter qu’une autre personne fasse les choses différemment ?
La séance commence ainsi par un temps d’échange permettant de définir un objectif personnel et concret.
Le test musculaire est ensuite utilisé comme outil propre à la pratique de la kinésiologie afin de guider la séance et de sélectionner les techniques adaptées à cet objectif.
Selon les besoins, l’accompagnement peut notamment s’orienter autour du stress associé à la situation, des émotions présentes, de certaines croyances ou des ressources dont la personne aurait besoin pour vivre davantage d’incertitude sans se sentir constamment en état d’alerte.
L’objectif n’est pas de rendre une personne indifférente ni de lui apprendre à ne plus anticiper. Il s’agit davantage de travailler autour de ce qui rend le lâcher-prise si difficile dans cette situation précise.
La kinésiologie reste une approche complémentaire. Lorsque le besoin de contrôle, les ruminations ou l’anxiété provoquent une souffrance importante ou ont un impact marqué sur le quotidien, l’accompagnement d’un professionnel médical ou psychologique est essentiel.
En conclusion
Lâcher prise ne signifie pas abandonner. Ce n’est pas arrêter de réfléchir, renoncer à ses objectifs ou devenir indifférent à ce qui nous arrive. C’est apprendre progressivement à reconnaître la frontière entre ce que nous pouvons influencer et ce que nous ne pouvons pas contrôler.
Nous pouvons préparer un examen, mais pas connaître toutes les questions.
Nous pouvons exprimer ce que nous ressentons, mais pas contrôler la réaction de l’autre.
Nous pouvons prendre une décision avec les informations dont nous disposons, mais pas connaître exactement l’avenir.
Et nous pouvons faire de notre mieux sans pouvoir garantir que tout se déroulera comme prévu.
Le lâcher-prise commence peut-être justement là : non pas lorsque nous cessons de nous soucier des choses, mais lorsque nous cessons d’exiger de nous-mêmes de pouvoir tout prévoir, tout comprendre et tout maîtriser. Parfois, la véritable sécurité ne vient pas de la certitude que tout se passera comme prévu.
Elle vient progressivement de cette pensée : « Je ne sais pas exactement ce qui va arriver… mais je pourrai m’adapter. »
Le regard de votre kinésiologue ;
Lorsque quelqu’un me dit : « Je sais qu’il faudrait que je lâche prise, mais je n’y arrive pas », je trouve important de ne pas transformer le lâcher-prise en une nouvelle obligation. Parce que se répéter « je dois absolument lâcher prise » peut parfois devenir… une nouvelle manière de vouloir contrôler ce que l’on ressent. Je préfère chercher avec vous ce qui rend ce contrôle nécessaire aujourd’hui. Qu’essayez-vous d’éviter en anticipant autant ? Qu’est-ce qui devient difficile lorsque vous ne savez pas ? Quelle émotion apparaît lorsque vous imaginez laisser une partie de la situation vous échapper ?
L’objectif n’est pas de vous enlever votre capacité à prévoir, à organiser ou à réfléchir. Ces qualités peuvent être de véritables ressources.
Il s’agit plutôt de retrouver davantage de souplesse afin que vous puissiez les utiliser lorsqu’elles vous sont utiles… sans qu’elles deviennent une source permanente de tension lorsqu’il n’y a plus rien à contrôler.
Parce que lâcher prise ne signifie pas perdre le contrôle de sa vie.
C’est parfois simplement accepter que nous n’avons pas besoin de tout contrôler pour pouvoir avancer.
Prenez soin de vous, naturellement.
Au plaisir de vous accompagner sur votre chemin vers un meilleur équilibre.
Aurélie Monney
Thérapeute en Kinésiologie





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