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COMMENT SE CONSTRUISENT NOS CROYANCES SUR NOUS-MÊMES ?

11 oct.
10 min de lecture

Dernière mise à jour : 11 oct.


« Je suis timide. »

« Je ne suis pas doué pour ça. »

« Je suis trop sensible. »

« Je dois toujours être forte. »

« Je ne suis pas quelqu’un qui a confiance en soi. »


Lorsque nous prononçons ce genre de phrases, nous avons souvent l’impression de simplement décrire qui nous sommes. Pourtant, certaines certitudes que nous avons sur nous-mêmes ne sont pas nécessairement des vérités immuables. Elles se sont parfois construites progressivement, à travers nos expériences, notre environnement, les réactions des autres et surtout la manière dont nous avons interprété ce que nous avons vécu.


Depuis l’enfance, notre cerveau cherche à comprendre le monde qui nous entoure. Il apprend ce qui semble sécurisant ou menaçant, ce qui est valorisé ou désapprouvé, ce que nous pensons savoir faire et la place que nous croyons devoir occuper auprès des autres. Au fil du temps, certaines conclusions peuvent devenir si familières que nous cessons de les questionner.


Nous ne pensons plus : « J’ai appris à croire que je n’étais pas capable. » Nous pensons simplement : « Je ne suis pas capable. »


Mais comment ces croyances apparaissent-elles ? Pourquoi certaines s’installent-elles durablement ? Et surtout, peuvent-elles évoluer ?


Qu’appelle-t-on une croyance sur soi-même ?

Une croyance sur soi est une représentation que nous avons construite concernant notre personnalité, nos capacités, notre valeur ou notre manière de fonctionner. Certaines sont relativement factuelles. Nous pouvons savoir, par exemple, que nous sommes à l’aise avec certaines activités et moins expérimentés dans d’autres. Mais d’autres deviennent beaucoup plus générales :


« Je suis incapable. »

« Je suis quelqu’un de faible. »

« Je ne mérite pas de réussir. »

« Je dois être parfaite pour être appréciée. »

« Je dérange lorsque j’exprime mes besoins. »


Ces croyances peuvent influencer notre manière d’interpréter les situations que nous rencontrons. Elles peuvent également orienter nos attentes, nos émotions et certains de nos comportements. Il est cependant important de ne pas considérer chaque pensée négative comme une « croyance inconsciente ». Nous pouvons tous douter, nous critiquer ou traverser une période durant laquelle notre perception de nous-mêmes est plus négative.


Une croyance devient particulièrement intéressante à observer lorsqu’elle revient régulièrement et commence à fonctionner comme une sorte de règle intérieure.


L’enfance : une période importante dans la construction de notre image

Lorsque nous sommes enfants, nous disposons encore de relativement peu d’expériences pour interpréter ce qui nous arrive. Nous apprenons énormément à travers notre entourage : nos parents, notre famille, l’école, nos camarades et plus largement notre environnement. Les réactions des adultes peuvent progressivement participer à la manière dont nous nous percevons.


Imaginez un enfant qui renverse régulièrement quelque chose et entend : « Mais qu’est-ce que tu peux être maladroit ! » Une remarque isolée ne détermine évidemment pas son identité. Mais si le message est répété et rejoint d’autres expériences similaires, l’enfant peut progressivement intégrer : « Je suis maladroit. »


Remarquons la différence.


Au départ, il y avait un comportement : « J’ai renversé un verre. » Puis une interprétation concernant l’identité : « Je suis maladroit. »


Cette transformation d’un événement en une conclusion générale sur soi peut participer à la construction de certaines croyances.


Nous apprenons aussi par ce qui est valorisé

Nos croyances ne se construisent pas uniquement à partir de critiques ou d’expériences négatives. Elles peuvent également apparaître à partir de ce qui est récompensé.


Prenons un enfant qui reçoit beaucoup d’attention et de félicitations lorsqu’il obtient d’excellents résultats scolaires. Il peut naturellement développer : « Je suis capable et mes efforts portent leurs fruits. » Mais dans certains contextes, il pourrait également intégrer une autre conclusion : « Pour être apprécié, je dois réussir. »


Plus tard, cette croyance peut contribuer à une exigence importante envers lui-même ou à une difficulté à accepter l’erreur. De la même manière, un enfant particulièrement félicité lorsqu’il est calme, serviable et ne dérange jamais peut parfois apprendre : « Pour être apprécié, je dois faire passer les besoins des autres avant les miens. »


Encore une fois, il n’existe pas de relation automatique entre une expérience et une croyance. Ce qui compte, c’est la manière dont les expériences se répètent, le contexte dans lequel elles surviennent et la signification que la personne leur attribue progressivement.


L’école, les comparaisons et le regard des autres

L’école représente également un environnement important dans la construction de notre perception de nous-mêmes. Pour la première fois, nous sommes assez régulièrement confrontés à la comparaison : Les notes ; Les performances sportives ; La facilité à se faire des amis ; L’apparence ; La capacité à prendre la parole ; La rapidité d’apprentissage. Un enfant peut rapidement conclure : « Je suis mauvais en mathématiques. » Mais il existe une différence considérable entre : « Les mathématiques me demandent davantage de travail actuellement » et : « Je suis nul en mathématiques. »


La première formulation décrit une difficulté située dans un contexte.

La seconde transforme cette difficulté en caractéristique personnelle.


Et lorsqu’une personne commence à croire qu’elle est incapable dans un domaine, cette croyance peut influencer la manière dont elle abordera les expériences suivantes.


Une expérience peut-elle suffire à créer une croyance ?

Certaines expériences particulièrement marquantes peuvent effectivement influencer durablement la manière dont nous nous percevons.


Une humiliation devant une classe, un rejet, une rupture, un échec professionnel ou une critique venant d’une personne importante peuvent parfois entraîner des conclusions très fortes. Après un échec, une personne pourrait penser : « Cette fois, je n’ai pas réussi. » Une autre pourrait conclure : « Je ne suis pas faite pour réussir. » L’événement est le même ; La signification qui lui est attribuée est différente.


Mais dans la plupart des situations, nos croyances se construisent plutôt à partir d’un ensemble complexe d’expériences, de relations, d’apprentissages et d’interprétations. Il faut donc être prudent lorsque nous cherchons « l’événement qui a tout déclenché ». Notre histoire ne se résume généralement pas à une seule expérience.


Quand une croyance commence à influencer notre regard

Une fois qu’une croyance est bien installée, elle peut devenir une sorte de filtre.


Imaginez une personne convaincue : « Je ne suis pas intéressante. » Lors d’un repas, quelqu’un regarde son téléphone pendant qu’elle parle. Elle pourrait penser : « Il attend peut-être un message important. » Mais sa croyance peut favoriser une autre interprétation : « Ce que je raconte l’ennuie. » Quelques minutes plus tard, une autre personne l’écoute attentivement et lui pose plusieurs questions. Elle pourrait considérer cela comme la preuve qu’elle est intéressante. Mais elle peut également minimiser cette information : « Elle est simplement polie. » Petit à petit, certaines informations sont davantage remarquées lorsqu’elles confirment ce que nous croyons déjà, tandis que celles qui contredisent notre croyance peuvent être minimisées.


La croyance semble alors continuellement se vérifier.


Les petites phrases des autres deviennent parfois notre propre voix

L’un des phénomènes les plus intéressants est que nous pouvons progressivement intérioriser certains messages reçus au cours de notre vie :

Au départ, quelqu’un disait : « Tu es trop sensible. »

Plus tard, nous nous disons : « Je suis trop sensible. »

Quelqu’un disait : « Tu dois faire mieux. »

Puis notre propre discours devient : « Ce n’est jamais assez bien. »

Quelqu’un disait : « Arrête de pleurer. »

Et quelques années plus tard : « Je ne devrais pas ressentir ça. »


Cela ne signifie pas que chacune de nos pensées vient directement de notre enfance ou de nos parents. Nos croyances peuvent évoluer et se construire tout au long de notre vie. Mais il peut être intéressant de se demander : Cette phrase que je me répète aujourd’hui, est-ce réellement une description objective de moi-même… ou une manière de me percevoir que j’ai progressivement apprise ?


Notre cerveau cherche aussi la cohérence

Une fois que nous avons construit une représentation de nous-mêmes, nous avons tendance à interpréter certaines expériences de manière cohérente avec cette représentation.


Une personne qui pense : « Je suis quelqu’un de timide » peut commencer à éviter certaines situations sociales. En les évitant, elle possède moins d’occasions de découvrir qu’elle pourrait finalement être à l’aise dans certaines d’entre elles.


La croyance influence donc le comportement, et le comportement limite parfois les expériences susceptibles de remettre la croyance en question. Nous retrouvons ici un mécanisme similaire à celui évoqué dans l’article consacré au manque de confiance en soi.


Ce n’est pas que notre cerveau cherche volontairement à nous empêcher de changer. Il utilise simplement les connaissances et les expériences dont il dispose pour anticiper ce qui risque de se produire.


Nos croyances peuvent-elles devenir des prophéties ?

Parfois, oui, en partie. Imaginons une personne qui arrive à un entretien professionnel convaincue : « Je ne suis pas assez compétente pour ce poste. » Cette pensée augmente son stress. Elle parle moins spontanément, hésite davantage et minimise ses réussites. Le recruteur perçoit peut-être ce manque d’assurance et choisit finalement un autre candidat. La personne conclut : « Je le savais. Je n’étais pas assez compétente. »Pourtant, la croyance initiale a peut-être participé à la manière dont elle s’est comportée pendant l’entretien.


Cela ne signifie évidemment pas que toutes nos difficultés sont créées par nos pensées. Les circonstances extérieures existent et nous ne contrôlons pas tout ce qui nous arrive.


Mais nos attentes peuvent parfois influencer nos comportements et, par conséquent, certaines de nos expériences.


Et à l’âge adulte ?

Nos croyances ne cessent pas de se construire lorsque nous quittons l’enfance.

Une relation difficile peut modifier notre manière de nous percevoir.

Une expérience professionnelle valorisante peut renforcer notre sentiment de compétence.

Un échec peut temporairement fragiliser notre confiance.

Une nouvelle rencontre peut remettre en question ce que nous pensions savoir sur nous-mêmes.


Nous continuons constamment à apprendre : C’est une notion essentielle, car elle signifie que notre image de nous-mêmes n’est pas définitivement figée. Les croyances construites hier peuvent évoluer grâce aux expériences que nous vivons aujourd’hui.


Pourquoi certaines croyances persistent-elles même lorsque nous savons qu’elles sont fausses ?

C’est probablement l’un des aspects les plus frustrants.

Nous pouvons parfaitement savoir : « Je ne suis pas incapable. » et continuer malgré tout à douter.

Nous pouvons savoir : « J’ai le droit de dire non. » et ressentir immédiatement de la culpabilité lorsque nous posons une limite.

Nous pouvons savoir : « Une erreur ne définit pas ma valeur. » et nous sentir profondément remis en question lorsque nous en commettons une.


C’est parce que comprendre quelque chose intellectuellement ne suffit pas toujours à modifier immédiatement les réactions émotionnelles et les automatismes associés. Comme nous l’avons vu dans l’article consacré au conscient et à l’inconscient, notre fonctionnement repose sur de nombreux apprentissages automatiques.


Le changement nécessite parfois du temps et surtout de nouvelles expériences permettant progressivement à notre cerveau d’apprendre : « Peut-être que je peux fonctionner autrement. »


Peut-on changer les croyances que nous avons sur nous-mêmes ?

Oui, notre perception de nous-mêmes peut évoluer. Mais il ne s’agit pas forcément de remplacer une croyance négative par une affirmation positive totalement opposée.

Si une personne est profondément convaincue : « Je suis incapable » lui demander de répéter : « Je peux tout réussir » risque de ne pas être très crédible pour elle. Une évolution plus réaliste pourrait commencer par : « J’ai déjà réussi certaines choses que je pensais difficiles. » Puis : « Je peux apprendre. » Et progressivement : « Je ne suis peut-être pas incapable. Certaines situations me demandent simplement davantage de temps ou de ressources. » Les nouvelles expériences jouent ici un rôle fondamental. Oser essayer. Constater que nous pouvons faire une erreur sans que tout s’effondre. Dire non et découvrir que la relation existe toujours. Accepter un compliment au lieu de le minimiser. Faire quelque chose imparfaitement et constater que cela peut malgré tout être suffisant.


Petit à petit, notre cerveau accumule de nouvelles informations.

Et notre histoire intérieure peut commencer à évoluer.


Comment la kinésiologie peut-elle accompagner ce travail ?

Les croyances sur soi peuvent apparaître en séance lorsqu’elles sont associées à une situation qui génère du stress ou empêche la personne d’avancer comme elle le souhaiterait.


Une personne peut venir en disant : « Je n’ose jamais donner mon avis. » En échangeant, une pensée peut apparaître : « J’ai peur de dire quelque chose de stupide. » Ou encore : « Je dois être certaine d’avoir raison avant de parler. » L’objectif n’est pas de chercher systématiquement dans le passé l’origine exacte de cette croyance ni d’affirmer qu’un événement particulier explique toute la difficulté actuelle.


Nous partons d’abord de ce que la personne vit aujourd’hui et de ce qu’elle souhaite pouvoir vivre différemment. Le test musculaire est ensuite utilisé comme outil propre à la pratique de la kinésiologie pour guider la séance et sélectionner les techniques adaptées à l’objectif défini ensemble.


Selon les besoins, le travail peut notamment s’orienter autour du stress associé à la situation, des émotions présentes, de certaines pensées ou des ressources que la personne souhaite développer.


L’objectif est de remettre progressivement davantage de possibilités là où une croyance semblait avoir réduit le champ des choix.


La kinésiologie reste une approche complémentaire et ne remplace pas une prise en charge psychologique lorsque les croyances sur soi s’inscrivent dans une souffrance psychique importante.


En conclusion


Nos croyances sur nous-mêmes ne sont pas apparues du jour au lendemain. Elles se construisent progressivement à travers nos expériences, notre environnement, nos relations, nos réussites, nos difficultés et surtout la manière dont nous avons interprété ce que nous avons vécu.


Certaines deviennent de véritables ressources :

« Je peux apprendre. »

« J’ai le droit d’essayer. »

« Je suis capable de traverser les difficultés. »


D’autres peuvent finir par limiter la manière dont nous nous percevons :

« Je ne suis pas assez bien. »

« Je dois être parfaite. »

« Je ne peux pas faire autrement. »


Mais une croyance n’est pas nécessairement une vérité.


Et peut-être que l’une des questions les plus intéressantes à se poser lorsque nous affirmons : « Je suis comme ça » est simplement : « Est-ce vraiment qui je suis… ou est-ce ce que j’ai appris à croire sur moi ? »


Notre passé participe à la construction de notre histoire, mais il ne détermine pas à lui seul toutes les pages qui restent à écrire.



Le regard de votre kinésiologue ;

Lorsque j’entends une personne me dire « je suis comme ça », j’aime parfois m’intéresser à ce qui se cache derrière cette certitude.


Depuis quand vous décrivez-vous ainsi ? Dans quelles situations cette pensée apparaît-elle ? Est-elle présente partout dans votre vie ou seulement dans certains contextes ? Parce qu’il existe une différence importante entre être quelque chose et avoir appris à se percevoir de cette manière.


Mon rôle n’est pas de décider quelles croyances sont vraies ou fausses à votre place. Il est de vous accompagner pour observer celles qui interviennent aujourd’hui dans les situations qui vous mettent en difficulté et les réactions de stress qui peuvent leur être associées.


Parfois, le changement commence simplement lorsque nous cessons de considérer une petite phrase comme une évidence et que nous nous autorisons à la questionner.


Parce que ce que nous avons appris sur nous-mêmes fait partie de notre histoire.


Mais cela ne signifie pas nécessairement que cette histoire doit continuer à s’écrire exactement de la même manière.



Prenez soin de vous, naturellement.


Au plaisir de vous accompagner sur votre chemin vers un meilleur équilibre.


Aurélie Monney

Thérapeute en Kinésiologie



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